Pendant la grossesse, certaines femmes développent un diabète qui n'existait pas avant et qui disparaît généralement après l'accouchement. Ce diabète gestationnel passe souvent inaperçu, sans symptôme particulier — c'est pourquoi il existe un test de dépistage ciblé, recommandé à toutes les femmes présentant au moins un facteur de risque. Savoir quand le faire, comment s'y préparer et comment lire les résultats change vraiment les choses pour vivre une grossesse sereine.
Qu'est-ce que le diabète gestationnel ?
Le diabète gestationnel est une intolérance aux glucides qui apparaît ou est détectée pour la première fois pendant la grossesse. Il touche entre 8 et 16 % des grossesses en France, selon les données de Santé publique France. La plupart du temps, il ne cause aucun signe visible — pas de soif anormale, pas de fatigue particulière, rien qui distingue une grossesse touchée d'une grossesse classique.
Ce qui se passe en réalité : les hormones de la grossesse rendent les cellules moins sensibles à l'insuline. Pour compenser, le pancréas en produit davantage. Quand il n'y arrive pas suffisamment, la glycémie monte plus que prévu après les repas — et le bébé, qui reçoit cet excès de glucose, peut grossir de façon excessive (on parle de macrosomie).
Le dépistage est donc indispensable pour les femmes à risque, car sans lui, le diabète gestationnel peut évoluer sans être traité, avec des conséquences possibles pour la mère et l'enfant.
Qui est concerné par le dépistage ?
Depuis 2010, la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande un dépistage ciblé — non systématique pour toutes les femmes — basé sur la présence d'au moins un facteur de risque :
- Âge égal ou supérieur à 35 ans au moment de la grossesse
- Indice de masse corporelle (IMC) pré-conceptionnel supérieur ou égal à 25 kg/m²
- Antécédent de diabète gestationnel lors d'une grossesse précédente
- Antécédent d'accouchement d'un enfant de plus de 4 kg (macrosomie)
- Antécédent familial de diabète de type 2 au premier degré (parents, fratrie)
Des études récentes ont remis en question ce dépistage ciblé, certaines sociétés savantes recommandant un dépistage universel. En pratique, la plupart des équipes obstétricales françaises proposent désormais le test à un grand nombre de femmes, même sans facteur de risque identifié.
À quelle semaine passe-t-on le test ?
La HAS recommande de réaliser le dépistage entre la 24e et la 28e semaine d'aménorrhée (SA). Cette fenêtre n'est pas choisie au hasard : c'est précisément à ce stade de la grossesse que les hormones placentaires atteignent des concentrations suffisamment élevées pour provoquer une résistance à l'insuline significative, et que le diabète gestationnel, s'il doit se développer, devient détectable.
Avant 24 SA, les hormones ne sont pas encore assez élevées pour révéler une résistance à l'insuline — le test risquerait de passer à côté. Après 28 SA, le diabète est déjà bien installé si présent, et on perd un temps précieux pour mettre en place un suivi adapté.
Cas particuliers : quand le test est fait plus tôt
Certaines situations justifient un dépistage dès le premier trimestre (avant 16 SA) :
- Antécédent de diabète gestationnel lors d'une grossesse précédente
- Suspicion d'un diabète de type 2 préexistant, non diagnostiqué avant la grossesse
- Obésité sévère (IMC ≥ 35 kg/m²)
Dans ce cas, le médecin réalise d'abord une glycémie à jeun simple. Si la glycémie à jeun est supérieure ou égale à 1,26 g/L, on ne parle plus de diabète gestationnel mais d'un diabète préexistant découvert pendant la grossesse — la prise en charge est alors différente et plus intensive.
Quel test pour le diabète gestationnel ?
En France, le test de référence est l'hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) avec 75 g de glucose. Il a remplacé l'ancien dépistage en deux temps (test de O'Sullivan puis HGPO), simplifiant le parcours pour les futures mamans.
Comment se déroule l'HGPO ?
L'HGPO dure environ deux heures et se fait le matin, en laboratoire d'analyses médicales. Voici le déroulé :
- À jeun depuis au moins 8 heures (généralement depuis la veille au soir, eau plate autorisée). Une première prise de sang mesure la glycémie à jeun.
- On vous donne ensuite une boisson sucrée contenant exactement 75 g de glucose, à boire en 5 minutes. Le goût est très sucré — certaines femmes ressentent un peu de nausée, ce qui est fréquent.
- Vous restez au laboratoire, au repos. Une deuxième prise de sang est réalisée 1 heure après l'ingestion.
- Une troisième prise de sang est faite 2 heures après l'ingestion.
Comment interpréter les résultats ?
La HAS a adopté les critères diagnostiques de l'IADPSG (International Association of Diabetes and Pregnancy Study Groups), reconnus en France depuis 2010. Le diabète gestationnel est confirmé si au moins une des trois valeurs suivantes est atteinte ou dépassée :
Un seul critère positif suffit pour poser le diagnostic. Pour rappel, une glycémie normale se situe entre 0,70 et 1,10 g/L à jeun en dehors de la grossesse. Pendant la grossesse, le seuil de 0,92 g/L est légèrement plus bas car les besoins du fœtus en glucose abaissent naturellement la glycémie maternelle.
Que se passe-t-il si le test est positif ?
Un résultat positif n'est pas une catastrophe — c'est une information qui permet d'agir. Votre équipe obstétricale mettra en place :
- Une prise en charge diététique adaptée (répartition des glucides dans la journée, choix d'aliments à faible index glycémique)
- Un programme d'activité physique adapté à la grossesse
- Une auto-surveillance glycémique : mesures de glycémie capillaire à jeun et 2 heures après les repas
- Si nécessaire, un traitement par insuline (l'insuline ne passe pas le placenta et est sans danger pour le bébé)
L'HbA1c n'est généralement pas utilisée pour le suivi du diabète gestationnel : elle reflète la moyenne sur 3 mois et est moins précise pendant la grossesse en raison du renouvellement accéléré des globules rouges. La surveillance repose sur les glycémies capillaires quotidiennes.
Après l'accouchement
Dans la grande majorité des cas, le diabète gestationnel disparaît après l'accouchement. Mais il n'est pas anodin sur le long terme : la HAS recommande de réaliser une HGPO entre 6 semaines et 6 mois après l'accouchement pour vérifier le retour à une glycémie normale.
Les femmes ayant eu un diabète gestationnel ont en effet un risque accru de développer un diabète de type 2 plus tard — environ 30 à 50 % dans les 10 ans selon la Société francophone du diabète (SFD). Un suivi annuel de la glycémie à jeun est recommandé à long terme.
En résumé
- Le dépistage du diabète gestationnel est recommandé entre la 24e et la 28e semaine d'aménorrhée (HAS).
- Il concerne les femmes présentant au moins un facteur de risque : âge ≥ 35 ans, surpoids, antécédent de DG ou de macrosomie, parent diabétique de type 2.
- Le test utilisé en France est l'HGPO avec 75 g de glucose : trois prises de sang (à jeun, à 1 h, à 2 h).
- Le diagnostic est posé si au moins une valeur atteint les seuils IADPSG : ≥ 0,92 g/L à jeun, ≥ 1,80 g/L à 1 h ou ≥ 1,53 g/L à 2 h.
- Un dépistage précoce (1er trimestre) est possible en cas d'antécédent de DG ou d'obésité sévère.
- Après l'accouchement, un contrôle glycémique est recommandé entre 6 semaines et 6 mois plus tard.
Questions fréquentes
À quelle semaine exactement faire le test du diabète gestationnel ?
La HAS recommande de le réaliser entre la 24e et la 28e semaine d'aménorrhée. En pratique, beaucoup d'équipes le planifient vers 26-27 SA pour se situer au cœur de la fenêtre recommandée.
Peut-on faire le test à 29, 30 ou 32 SA si on a raté la fenêtre idéale ?
Oui, votre médecin peut décider de le réaliser même après 28 SA si vous n'avez pas pu le faire plus tôt. Le résultat reste exploitable, même s'il est moins optimal. Discutez-en avec votre équipe obstétricale sans attendre.
Faut-il être à jeun pour le test de diabète gestationnel ?
Oui, absolument. L'HGPO commence par une glycémie à jeun, ce qui signifie qu'il faut ne pas avoir mangé ni bu autre chose que de l'eau plate depuis au moins 8 heures (généralement la veille au soir). Un repas ou même un café sucré avant le test fausse les résultats.
Le test est-il douloureux ou long ?
Le test dure environ deux heures, le temps de réaliser les trois prises de sang. Les prélèvements sont identiques à une prise de sang classique — une légère piqûre à chaque fois. La boisson sucrée peut être écœurante mais elle ne présente aucun danger. Prévoyez de rester au labo pendant toute la durée du test.
Que faire si j'ai des nausées pendant l'HGPO ?
Les nausées sont fréquentes, surtout chez les femmes sensibles au sucre en grande quantité. Signalez-le au technicien avant de commencer. Si vous vomissez dans l'heure suivant l'ingestion de la boisson, le test doit être annulé et reprogrammé — le résultat ne serait pas fiable.
Le diabète gestationnel disparaît-il après l'accouchement ?
Dans la grande majorité des cas, oui. La glycémie revient à la normale dans les semaines qui suivent l'accouchement. Un contrôle par HGPO est tout de même recommandé 6 semaines à 6 mois après, et un suivi annuel est conseillé sur le long terme par la SFD en raison du risque augmenté de diabète de type 2.